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Relations aux riches ? Le poids de l’histoire (1)

Comment notre passé monarchique et notre histoire plus récente peuvent expliquer les difficultés de nos compatriotes aversailles-498346_960_720vec la fortune ? Première partie.

Nous avons vu brièvement dans le précédent article (Riches, parasites et cons ?) le rapport conflictuel qu’il existe entre les Français et la richesse. Tentons rapidement d’en cerner quelquescauses même s’il est difficile d’avoir une explication parfaitement rationnelle à ce désamour des classes très aisées. Nous allons d’abord aborder ici quelques éléments non exhaustifs issus de notre histoire.

Ancien régime et révolution

Premier constat : cette défiance du monde des riches provient à sans doute l’origine de notre ancien régime monarchique puis des idéaux nés de la Révolution française qui ont aboli les privilèges après des siècles d’inégalités et d’abus nombreux. L’argent était l’apanage de l’ordre dominant et son pouvoir lui permettait aussi de maintenir le régime dans un statu quo favorable aux classes aisées. La reproductibilité des inégalités via l’héritage ne permettant pas ou peu à d’autres d’accéder à la fortune. Je rappelle que la noblesse et le clergé ne payaient pas d’impôts et avaient le pouvoir d’en lever. Les bourgeois ont joué à ce propos un rôle actif dans la révolution tant leur condition économique et monétaire pouvait se rapprocher de celle des nobles jusqu’à ce qu’ils paient l’impôt, eux.

Les aristocrates s’excluaient donc de par leur pouvoir et de leur condition de la solidarité nationale en matière fiscale ; et faisaient porter l’effort sur les classes modestes et moyennes et bourgeoises au milieu du XVIIIe siècle. De nos jours, lorsqu’un riche chef d’entreprise s’expatrie ou met en place des montages comptables ingénieux pour échapper au fisc, en partie tout au moins, n’a-t-on pas parfois le sentiment qu’il reproduit ce schéma ? N’est-il pas un nouveau monarque qui influence des lois, les contourne ou s’en exonère et se place de fait au dessus des citoyens et non parmi eux ? La richesse ne serait-elle pas devenue un nouvel ordre, mondial, anéantissant quelques progrès de la révolution ?

Quoi qu’il en soit, la richesse et le statut spécifique des deux ordres dominants étaient devenus des privilèges inacceptables pour le pays dès avant la révolution, car aussi synonyme d’enfermement d’une majorité dans leurs conditions d’exploités et de dominés. C’est le principe de l’ordre qui protège les uns et exclu les autres. Intenable avec les idéaux républicains ! Dans la nuit du 4 août 1789, l’abolition des privilèges est donc prononcée par l’assemblée constituante afin d’ouvrir une nouvelle ère fondée dans ses idéaux sur la liberté, l’égalité et la fraternité.

Capitalisme et lutte des classes

La révolution industrielle qui est là va transformer la société française de façon phénoménale. Le capitalisme libéral se développe fortement et avec lui la misère ouvrière dont pourra par exemple s’émouvoir un Zola dans Germinal en 1886. Le communisme, contrepoids du libéralisme sauvage, apparait dans les idées au cours de ce siècle pour trouver une expression concrète avec la révolution russe de 1917. Marx avec Engels reprennent et développent dans le Manifeste du parti communiste (1847-1848) la notion de lutte des classes qu’il faut abolir, pour aboutir à l’égalité. Ces thèses vont trouver chez nous un terreau très favorable du fait même de notre passé et des idéaux républicains d’égalité et de fraternité notamment. Ainsi, aux législatives de 1945 par exemple, le PCF obtient 26,2 % des suffrages puis encore 20 % des votes en 1968.

Au-delà des voix, les idées communistes traversent la société française tout au long du XXe siècle. Même si le parti communiste français est aujourd’hui minoritaire en termes de score, cette philosophie garde un ancrage profond et durable chez nos compatriotes. Le patron, le capitaliste, l’homme riche donc, se seraient substitués au seigneur ? Par sa condition, il empêche l’égalité, il est obstacle à la fraternité, car il s’accapare les moyens de production et maintien le prolétariat dans son état de dépendance. Considéré comme un exploiteur, il fonde sa fortune sur la misère et le travail des classes populaires. On comprend bien ici comment ces théories sont hostiles à la richesse non partagée et comment elles agissent fortement dans notre perception de la fortune individuelle en France. Il faut répartir cette richesse en se l’appropriant collectivement, car l’argent individuel est un ennemi à abattre.

La lutte reste d’actualité

On retrouve aujourd‘hui ce discours dans les représentants de l’extrême gauche et sans doute dans son meilleur porte-parole actuel : Mr Mélenchon. Il a ainsi assimilé Mr Arnault à un parasite, je cite, car ce discours me semble symptomatique : « Les riches, les importants, les puissants n’ont d’autre patrie que l’argent. Ils n’aiment pas leur patrie », a-t-il affirmé. « Ça suffit, ces gens sont des parasites, voilà ce qu’ils sont. Et donc, dans l’écosocialisme auquel nous aspirons, ils n’ont pas leur place ». Cela a le mérite d’être clair ! On aurait pu également citer l’ancien slogan de campagne d’Olivier Besancenot qui était magnifique d’une certaine façon : « Nos vies valent plus que leurs profits ! » On cerne bien ici l’opposition entre le monde des citoyens, des employés, des ouvriers, des travailleurs (Le « nos ») et celui des riches, des capitalistes, des puissants. (Le « leurs »)

Dernière cette phrase clivante, on sous-entend par ailleurs une notion morale permanente qui met en perspective la vacuité du profit, son insolence dévastatrice contre la vie quotidienne réelle et difficile d’un honnête citoyen. L’argent est sale, obtenu par des procédés douteux alors que la vie, la vraie se gagne laborieusement par son engagement et sa force de travail. Les excès du capitalisme contemporain notamment avec la financiarisation de l’économie n’ont pas manqué d’apporter de l’eau au moulin des partisans de ces thèses. Cette notion de lutte des classes reste ainsi en toile de fond à bien des rapports sociaux et il n’est pas étonnant de voir les antagonismes se dresser.

On le voit bien ici encore par exemple dans la difficulté de négocier entre syndicats patronaux et salariés. Mettre d’accord Mme Parisot et Mr Thibault à la même table relève de l’exploit ou du tour de magie ! Hélas Gérard Majax n’est pas tout jeune et Garcimore n’est plus ! Concluons sur le rappel que cette pensée marxiste s’est construite sur un principe philosophique réaliste et pessimiste que « l’homme est un loup pour l’homme », locution abondamment utilisée par différents auteurs de Plaute à Freud en passant par Hobbes. Le riche, le puissant est un loup dominant que seul l’État peut empêcher de nuire…

Nous tenterons au  prochain épisode de montrer dans notre histoire comment la richesse individuelle peut entrer en contradiction avec certains principes de notre société laïque et républicaine.

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/09/24/cercle_54774.htm#LPp6dBrltV4A6d1q.99

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