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Politiques et citoyens : tous responsables aussi de la crise

Il est de bon ton de diaboliser les marchés financiers, les banques ou les grandes entreprises, les patrons ou les concurrents des pays émergents pour expliquer la crise. C’est la crise, c’est la droite, c’est la gauche, c’est l’ultralibéralisme, c’est l’Asie… Les vraies causes sont aussi ailleurs.

La lourde responsabilité du politique

On oublie trop souvent que ce sont nos hommes politiques qui sont d’abord responsables de la situation économique et budgétaire dans laquelle nous nous trouvons. Pourquoi ?

Parce que, d’une part, cela fait plus de trente-huit ans (1974) que le gouvernement français n’a pas proposé un budget à l’équilibre. Parce qu’à droite comme à gauche, on a laissé se creuser les déficits de l’État, des comptes sociaux et de la dette publique. Dès 2005, M. Pébereau annonce dans un rapport instructif (Commission « Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale ») qu’il faut « Rompre avec des routines destructrices pour relever les défis du futur et préserver le modèle de société dynamique, fraternel et généreux auquel aspirent les Français : tel est l’enjeu décisif de la gestion des finances publiques dans les prochaines années. »

Incapables de réformer l’administration, incapables de sortir d’un État providence traditionnel, incapables d’affronter en profondeur les maux de notre société, nos responsables ont pratiqué la fuite en avant, la facilité de la dette, la politique de l’autruche remettant toujours au lendemain, aux successeurs, les réformes impopulaires. Mitterrand puis Chirac (2 mandats chacun) et enfin Sarkozy ont souvent laissé faire, accumulant les dépenses et les plans de relance sans effets. Les chiffres le prouvent aisément.

Or, les périodes de croissance n’ont pas été utilisées pour réformer, les périodes de stagnation encore moins. Dès qu’un léger « surplus » était constaté, il fallait dépenser la « cagnotte » pour reprendre l’expression utilisée. Être moins déficitaire qu’attendu était une victoire, un gain comptable à redistribuer. La situation sociale s’est dégradée, le chômage a explosé, les inégalités ont progressé, les dettes se sont accumulées. Ce n’était jamais leur faute ! La crise, l’absence de croissance, les chocs externes, le chômage… Aujourd’hui, avec des caisses plus que vides, nous avons tous les maux alors que ces dépenses avaient pour mission de les juguler. Échec sur toute la ligne.

Président : un mandat c’est bien, deux c’est mieux…

On a, d’autre part, le sentiment très clair que la priorité de nos présidents a toujours été la réélection, leur réélection. Un grand travers de notre Ve république je crois est qu’elle semble fondée sur un homme seul au pouvoir, statut hélas renforcé par le quinquennat. Le président est tout, décide tout, contrôle tout. Les appareils politiques se mettent en marche pour désigner, soutenir et permettre l’élection de leur champion. Tout est organisé, pensé pour la présidentielle. Le reste suivra. On le voit bien à droite aujourd’hui avec la bataille Fillon, Copé qui a pour véritable enjeu l’accession de l’élu aux plus hautes fonctions en 2017. Devenir président : un but en soi.

Comme si le poste occupé, on pouvait enfin souffler un peu et préparer son second mandat dès le milieu de la législature. Les seconds mandats de Mitterrand et Chirac par exemple ont été des modèles… d’inaction. Jamais un président depuis 35 ans ne s’est mis véritablement en danger quitte à être sévèrement battu et c’est le drame pervers de notre démocratie ou l’intérêt individuel, le poids des partis au service d’une personne l’emportent sur l’intérêt national. Absence de courage, absence de temps, hyper présidence qui travaille à sa réélection, les trois décennies qui s’achèvent ont été dramatiques quant à la responsabilité nationale de nos gouvernants. Il n’y a pas eu de miracle, d’homme providentiel.

Et cela semble continuer aujourd’hui… Les mesures annoncées par le président Hollande sont loin de répondre aux enjeux colossaux qui frappent à notre porte. Quid d’une vraie réforme de la sécurité sociale ? Quid d’une vraie réforme des dépenses de l’État ? Quid d’une grande réforme des collectivités territoriales ? Quid d’une vision stratégique et économique de la France dans la mondialisation ? Quid d’une refonte globale de la fiscalité ? Il faut prendre l’argent aux classes moyennes et aisées, grignoter quelques niches fiscales, faire stagner quelques budgets ministériels, ranimer l’ISF, stopper les grands projets, augmenter peut être la CSG en 2013 et espérer surtout que la croissance revienne…

Avec 35 milliards d’euros « d’économies » (il en faudra sans doute plus…), la dette va elle se stabiliser ? Non. Le déficit va-t-il se rapprocher de l’équilibre ? Non. On nous parle de 2017. Il ne faut pas aller trop vite, ce n’est pas le moment. C’est vrai que tout cela aurait dû être accompli bien avant et on paye cher 35 ans de passivité. Pour l’instant, on habille donc, on retouche, on rabote, on promet, on temporise et les impôts augmentent encore et encore. Les impôts progresseront d’ailleurs sans doute encore en 2013 et 2014 et 2015. Nous sommes sur le podium mondial des pays les plus taxés. Bientôt la première place ?

L’État providence français est en train de se faire harakiri par boulimie. Son obésité et son incapacité à faire un régime l’amènent à une mort lente, mais sûre. Notre système à bout de souffle, nos hommes politiques continuent sur la même logique, persuadés que cela finira par s’arranger, que la croissance mondiale va nous sauver demain, ou après demain.

Nous sommes tous responsables

Idem pour les citoyens ! On a les hommes politiques que l’on mérite dit-on parfois. Les intérêts privés, les corporatismes, la défense des acquis des uns et des autres a pourri la situation nationale. En un mot, l’individualisme l’a emporté sur la nation, sur l’intérêt de la société française. Chacun a tenté de préserver, dans un climat de peur et d’angoisse, son avantage, son statut. Un jour les enseignants, le lendemain les agriculteurs, le troisième jour les intermittents, puis les assureurs, les taxis, les restaurateurs, les banquiers, les cheminots, les médecins, etc.

Ces comportements ont poussé le politique (déjà assez enclin…) à encore davantage de démagogie justement pour être élu et réélu. Nous sommes donc tous responsables collectivement par nos attitudes individuelles de la déroute programmée du système français. D’accord pour la réforme, mais si elle touche d’abord mon voisin !

La dette, les déficits, les trous de la sécu, c’est nous ! Nous avons profité de cette vie à crédit, de ces dépenses sans cesse renouvelées. Nous avons profité d’un système généreux, protecteur, rassurant, sans savoir si nous pouvions encore nous l’offrir, sans penser qui devrait un jour en payer le prix ! Une sorte d’hypnose collective, de déni d’un lendemain angoissant. Se reposant sur l’État providence, la responsabilité individuelle s’est étiolée, endormie. Le réveil qui est presque là sera difficile. Dormons un peu encore et berçons-nous dans nos rêves de la grandeur passée de la France. Ce qui est dramatique c’est que les mois et les années qui viennent vont nous contraindre à des non-choix, ou des choix subis, imposés par la réalité des chiffres qui s’impose violemment à nous.

Cela, parce que notre inaction a aggravé notre situation. Le malade léger ne s’est pas soigné et va entrer désormais en soins intensifs. Rien de choisi, rien d’anticipé, rien d’assumé. Nous avons et sommes en train d’abandonner notre destin à la contrainte externe, à la loi des marchés que nous détestons. Par notre passivité collective, nous devenons esclaves des autres. Un homme providentiel ? La BCE ? L’Europe ? On peut encore s’en sortir ! En entreprise, l’absence de stratégie est parfois la pire des stratégies, c’est ce qui s’est produit depuis des décennies.

Pas encore trop tard

Le Canada, la Suède, l’Allemagne par exemple ont réformé profondément leurs systèmes. Cela a-t-il été douloureux pour certaines populations ? Oui. Combien de temps a-t-il fallu ? Dix ans. Ceci dit, ces pays récoltent aujourd’hui les fruits de leurs efforts passés. Ils promettent à leurs enfants des jours meilleurs et seront les premiers bénéficiaires d’un redémarrage mondial. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une refonte profonde de notre État et de sa façon de penser et de dépenser. Moins dépenser, mieux dépenser, voilà deux enjeux qu’il faudra résoudre très vite pour de pas voire nos idéaux républicains s’effondrer. Ces engagements urgents nécessitent du courage politique, l’adhésion du plus grand nombre, et la volonté de retrouver une notion de bien commun.

Chacun doit se réapproprier sa responsabilité individuelle et collective. L’État n’est pas une masse vague et abstraite qui flotte éternellement au-dessus de nos têtes. Non, l’État c’est nous, l’État c’est moi. Je crois que les Français y sont préparés si une stratégie claire, ambitieuse, cohérente et juste leur est proposée. Nos hommes politiques en sont-ils capables avant d’être mis sous tutelle européenne ou mondiale comme la Grèce aujourd’hui et sans doute l’Espagne demain ? Hélas, j’en doute parfois, je l’espère en tout cas.

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/10/01/cercle_55280.htm#V8wt5bjowoFdGLrE.99

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