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Pas de happy new year pour les Goodyear*

Mi-janvier 2016, 8 salariés de Goodyear ont été condamnés à 9 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel d’Amiens. Une première dans l’histoire de la justice récente. 7 d’entre eux appartenaient  à la CGT qui, après une pétition sur son site internet ayant recueillie plus de 150 000 signatures, mobilisait ses troupes ce mercredi 4 Février par une grève dans le RER parisien et ce, pour protester solidairement contre ces sanctions judiciaires. Les 8 salariés en question avaient séquestré pendant 30 heures le directeur des ressources humaines et le directeur de la production. Manuel Vals a qualifié la décision de justice de lourde…
Les actes objectivement illicites, dans le cadre d’un conflit social dur, étaient justifiés par leurs auteurs comme un « coup de colère »  conséquence d’une direction sourde et d’une grande misère sociale. Au-delà de la question de savoir s’il fallait ou non les condamner par cette peine très sévère, on peut s’interroger sur le sens symbolique de cette décision. Elle  colle avec les interpellations assez musclées du 12 octobre au petit matin des salariés d’Air France sur l’affaire de la chemise arrachée du Drh de la compagnie.
D’une part, Il semble donc que certains magistrats envoient un signal fort aux syndicats et aux salariés pour leur dire : Attention, tout n’est pas permis, vos régimes et statuts de salariés et de syndicalistes ne vous protègent pas indéfiniment des règles de droit commun et  il existe aussi d’autres moyens de faire avancer vos revendications. Sans doute la justice souhaite t’elle bannir une forme de syndicalisme qu’elle juge archaïque pour encourager les salariés y compris lors de drames sociaux dans un syndicalisme plus participatif, constructif et de fait modéré.
Faut-il y voir un geste d’arrêt volontaire à quelques dogmes et pratiques musclées de certains salariés ou est-ce un cas isolé de magistrats égarés ? Eternel débat entre la légitimité de la force et de la violence pour faire avancer des causes qui semblent perdues par la simple négociation. Les uns vont diront que la vraie violence est économique, sociale, politique, sourde et permanente, d’autres rétorqueront que la violence physique quelles que soient ses justifications est et reste inacceptable dans un Etat qui se qualifie de droit.
D’autre part, on peut s’interroger sur le message adressé par le tribunal aux autres parties prenantes y compris aux milieux d’affaires et acteurs internationaux ? Grèves, bagarres des taxis et VTC en plein Paris pendant 5 jours, cas Air France, éleveurs en colère. Ces manifestations n’ont à priori rien à voir les unes avec les autres même si elles reflètent la douleur d’adaptation de notre société aux bouleversements contemporains.   Quoi qu’il en soit, images dures cette semaine et ces derniers mois pour l’accueil des touristes et des entreprises étrangères que renvoient les médias, particulièrement les chaînes d’infos continues.
L’idée de cette décision étant ainsi peut être aussi de rassurer ici sur la force et la permanence du droit réaffirmé comme une valeur stable, non négociable, identitaire de notre démocratie un peu perdue happée par ses difficultés à se réformer vers des modes de gouvernance et de négociations apaisées.
Bonne ou mauvaise idée ?  Je vous laisse seuls juges.
*Pas de bonne année pour les Goodyear

Antoine de Gramont

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2 Comments

  1. Décision de justice évidemment honteuse. Je vous refais pas le coup de la violence sociale infligée par les propriétaires lucratifs, dans des salons où les décisions se prennent entre gens bien élevés, sans qu’il soit besoin de hausser le ton (Jaurès l’a mieux écrit que moi). Non. En revanche, Air France et Goodyear montrent que les gens n’ont plus peur, car ils n’ont plus rien à perdre. Et un corps social où les gens n’ont plus peur de ceux qui les dominent, est un corps social qui va mieux. C’est un bon signe et cette décision de justice archaïque digne de Zola ne doit pas arrêter le mouvement.

    Sur le reste, l’économie collaborative pose de vrais problèmes, et c’est à mon avis un bouleversement total de l’économie qui est en train de se produire, mais surtout, qui doit être encadré ! Uber ? Pourquoi pas ! La fin du salariat ? Bonne nouvelle ! Mais à condition que l’autoentrepreneuriat, le free-lance et autre indépendant qui travaille à la mission, soit protégé par la société : couverture sociale, filet de sécurité quand il ne travaille pas. Certains appellent cela le revenu universel. D’autres, le salaire universel. Et c’est une idée libérale, il paraît !

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