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Obélix chez les Belges

Gérard_Depardieu_Cannes_2010Voilà, c’est officiel ! Gérard Depardieu a quitté le pays des Gaulois pour aller se réfugier chez nos amis belges, dans le petit village de Néchin.

Icône du cinéma français, l’interprète flamboyant de Cyrano de Bergerac a cédé aux sirènes de la fiscalité locale wallonne. Il y rejoindra bon nombre de français puisque le village est composé à 27 % de nos compatriotes ! On ne doute un instant qu’il sera bien accueilli par les locaux et par les fondateurs du groupe Auchan notamment.

Cette histoire belge peut faire sourire, doutons qu’elle scandalise autant l’opinion que le départ présumé de M. Arnault, car la tendresse envers notre Gérard national est différente. Ceci dit, une fois encore, c’est un symbole fort qui part et va rejoindre la cohorte innombrable de nos sportifs, artistes et chefs d’entreprises exilés. Qu’en conclure ? Deux choses simples.

Si près, si loin

D’abord, il est inquiétant que nos élites de tous bords quittent doucement, mais certainement le territoire sans que nous nous posions avec gravité la question de l’attractivité de notre pays. Fiscalité lourde, consensus social en berne, chômage des jeunes, perte d’espoir, qualité de vie que certains jugent meilleure ailleurs. La richesse et les talents partent. Pire, ils reviennent rarement. Le destin personnel prime au détriment des valeurs de reconnaissance, de nation, de culture nationale. Que faisons-nous pour retenir ces générations ?

Ensuite, l’éternelle question d’une fiscalité européenne harmonisée est à nouveau posée. Or ici, la France a peu d’atouts et selon Eurostat en 2011 se situe dans le trio des pays les plus taxés. Le hameau de Néchin se situe à environ un kilomètre de la frontière française et c’est pourtant là que le nouvel homme fort du village paiera ses impôts ! Vive l’absence de frontières physiques avec une barrière fiscale française !

La fiscalité n’explique pourtant pas tout

On pourra reprocher à tous ces citoyens de manquer de patriotisme, de quitter le navire en pleine tempête, de trahir leur pays. En somme, il est facile de porter des jugements moraux sur leurs comportements. C’est aussi une façon de se voiler la face pour oublier de constater que nos élites sont assez nombreuses à être désespérées du modèle français et oublier qu’elles trouvent ailleurs des qualités de vie perdues ici. Accueil, paix sociale, harmonie entre privé et public, dialogues communautaires apaisés, services publics performants, qualité des écoles, sécurité…

Jacques Attali parle de façon passionnante d’exil extérieur et intérieur, je cite : « D’une part, un nombre croissant de jeunes Français, diplômés ou non, quittent le pays. Pour faire des études, pour travailler à l’étranger, et désormais, la plupart le font sans idée de retour, sans plus aucun sentiment de devoir quelque chose au pays qui leur a donné une culture, et a financé leur éducation, leur santé, leur sécurité… D’autre part, un nombre croissant d’autres jeunes Français, diplômés ou non, s’éloignent eux aussi, du pays. Mais, eux sans en partir. Ils choisissent l’exil intérieur, vivant en France sans en accepter les règles ni la culture. »

Dislocation, fuite, fracture, désenchantement, révolte. L’économie fiscale n’explique pas tout et c’est une véritable qualité de vie, une citoyenneté vivante et apaisée que l’on trouve aussi et surtout chez certains de nos voisins européens. La question posée ici est de savoir comment retrouver cette harmonie française, cette douce France que chantait Trenet, où l’on ne se déchire pas sur quelques coins de rue ou dans nos hémicycles. Comment se retrouver autour d’un projet, d’une ambition commune, d’une cohérence réinventée ?

Astérix, l’homme providentiel, est un mythe

J’avoue être assez inquiet quand je vois l’absence de mesures structurelles entreprises, l’absence de vision stratégique globale, l’incapacité « d’union nationale » autour de consensus forts au profit hélas de postures et de déchirements incessants à gauche comme à droite.

François Bayrou disait aujourd’hui : « Il y a le feu à la maison. L’ensemble des secteurs productifs du pays, à quelques exceptions près, s’effondre, s’écroule et c’est pourquoi vous avez le chômage, la pauvreté. Le pays n’arrive plus à créer les richesses nécessaires pour son bien-être social… On ne s’en tirera pas si on ne sonne pas la mobilisation générale, « Je suis assez d’accord avec cette analyse. Il prêche dans le désert, notre ami François, pour le moment ».

Pour finir avec une note d’humour, une blague belge raconte : « Savez-vous pourquoi il n’y a pas d’éclairage sur les nationales françaises ? Parce qu’ils se prennent pour des lumières ! » Espérons que nous saurons réinventer ensemble des lumières nouvelles pour sortir de notre crise identitaire sans recourir au mythe d’Astérix et de sa potion magique.

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/12/10/cercle_60643.htm#KLul616CetThuQEL.99

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