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Tout sauf la bourse !

Divisé par 2

Depuis 2003, le nombre de français actionnaires individuels en direct a été divisé par  2 à 3.3 millions contre plus de 7 millions il a 13 ans. Ils ne représentent plus que 6.5 % de l’actionnariat du Cac 40. (Source AMF) Il ne faut pas se réjouir de ce reflux massif qui traduit plusieures causes que l’on peut  tenter ici d’identifier brièvement.

Trop d’instabilité

D’une part,  l’instabilité et la volatilité des marchés depuis 2008 : des hausses violentes (1 er trimestre 2015) puis des baisses assez rapides comme celles de l’été 2015 ou de ce début d’année refroidissent les petits porteurs. Cette instabilité traduit la complexité du monde financier, économique et géopolitique et la difficulté de prévoir l’avenir même à court terme; reflux des matières premières qui avaient, souvenez-vous, tutoyé des sommets, semi faillite de certains états, ralentissement chinois, variations monétaires sur les émergents, politiques très controversées des banques centrales pompiers pyromanes face à de nombreux acteurs qui ne prennent plus leurs responsabilités ; on nous avait promis le pétrole à 150 $, il est à 30 $, on nous avais annoncé le CAC 40 à 6000 points, il est à 4 200. Cette incertitude forte fait fuir les particuliers qui recherchent une épargne protégée.

Des produits packagésbourse-crise_

D’autre part, il est vrai que les banquiers et assureurs proposent aujourd’hui à leurs clients des produits marketés, des fonds profilés, packagés, structurés qui contiennent dans un mélange souvent complexe des actions, des obligations et autres titres. On n’achète plus des titres purs en direct jugés trop risqués, on achète des packs qui mélangent tout un tas d’instruments dont il vaut mieux parfois ne pas trop savoir ce qu’ils contiennent….mais qui promettent, en théorie tout au moins, une répartition du capital, des risques et une garantie à la baisse contre les aléas des marchés.

Société assurantielle

Ensuite, nos concitoyens ne semblent pas être des individus très attirés vers le risque.  Nous vivons dans une société fortement assurantielle et parmi les plus
protectrices au monde et l’on peut s’en réjouir à bien des égards. Assurance chômage, assurance vieillesse, assurance maladie, RSA, CMU…Notre Etat devenu Providence intervient et indemnise lors de nombreux accidents de la vie économique et sociale. Deux des grandes tendances contemporaines juridiques et politiques ne sont-elles pas les principes de prévention et de précaution ?   Aussi, le français habitué à être protégé en amont et en aval quoi qu’on en dise est adepte de l’assurance vie réputée tranquille et du livret A, son placement fétiche qui ne rapporte rien ou presque mais reste sûr. Bourse = absence de protection  = risque = danger. Certes, cette prudence nous met à l’écart de certains excès des américains par exemple qui jouent à Wall Street parfois comme on joue au Casino.

Des chutes boursières ruineuses et une fiscalité lourdebourse

La 4ème cause de ce désamour est aussi la conséquence logique d’énormes gadins que se sont prises certains grandes actions emblématiques du capitalisme à la française. Ces chutes monstrueuses ont traumatisé une génération d’épargnants qui ont juré qu’on ne les y reprendrait plus !  Quelques exemples récents. Gdf Suez devenue Engie passe en 5 ans de 30 euros à  13 euros, Edf en 10 ans de 40 à  10 euros, Alcatel de 12 à 3 euros. La liste est encore longue.

Rajoutez enfin à cela une fiscalité lourde sur les plus-values qui ne sont pourtant que la récompense d’un risque ou d’un pari réussi, vous comprenez mieux la frilosité française. Cela baisse, tu perds beaucoup, cela monte, t’es taxé lourdement. Au secours ! Il faut néanmoins dire que l’on retrouve aussi ces phénomènes en Europe. Notre continent serait-il en passe de devenir une terre de vieux conservateurs anxieux et prudents ?

Méfiance, défiance, prudence. Ainsi, le particulier souscrit aux actions de l’entreprise dans laquelle il travaille, qu’il connait ou croit connaitre. C’est l’actionnariat salarié. En dehors de cela, Il n’est plus un acteur fort du financement de l’économie  française et de nombreux fonds étrangers avisés ou non  l’ont remplacé dans la gouvernance et la conduite de nos propres firmes. On peut quand même s’en inquiéter même à l’heure d’une globalisation assumée.

Antoine de Gramont

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Article publié sur Agoravox

Le taux de rentabilité interne sur 30 ans (1984-2014)

 

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