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Attention Monsieur le Président, les frontières n’existent (presque) plus !

La concurrence qui touchait traditionnellement les organisations privées atteint de plus en plus les Etats eux-mêmes. Ceci ne fait que commencer, hélas pour certains.

Le fait n’est pas nouveau, mais semble s’accélérer. En effet, l’élargissement de l’Union européenne et la création de l’euro n’ont fait qu’accentuer le phénomène. Les États, France en tête, sont ainsi confrontés à la concurrence des autres états notamment dans leurs zones géographiques proches avec la monnaie unique comme lien, parfois orphelin, entre des pays aux systèmes totalement hétérogènes. Les avantages compétitifs des uns n’en sont que plus criants.

Les firmes

Les sièges sociaux, les centres de recherche ou de production deviennent mobiles afin d’optimiser les avantages compétitifs qu’offrent les nations. Combien d’entreprises américaines bien célèbres ne payent pas d’impôts en France alors qu’elles y sont implantées ? Non éthique, certes. Elles exploitent le système que l’Europe a mis ou laissé mettre en place. Le but de nombreux chefs d’entreprises est d’optimiser les résultats et l’efficacité de l’organisation qu’ils pilotent ; il n’est donc pas illogique qu’ils observent des systèmes concurrents pour en tirer avantage. Naturellement, la fiscalité n’est pas le seul indicateur, heureusement pour la France.

Un index mondial existe, le GCI (Global Competitiveness Index) établit par le forum de Davos qui évalue « l’ensemble des institutions, des politiques et des facteurs déterminant le niveau de productivité d’un pays ». Cet index qui va évoluer pour tenir compte des préoccupations de développement durable, quoiqu’imparfait, donne tout de même un aperçu de certaines réalités. La qualité de la main d’œuvre, son prix, les systèmes de formation, les infrastructures, les codes du travail, les systèmes fiscaux, la santé, l’innovation, etc. sont passés aux cribles.

C’est la fameuse attractivité des États. La Suisse est en tête, la France est 18e en 2012. Cet index est un révélateur des outils possibles de comparaison puis de choix pour les entreprises. L’arrivée successive de l’Euro et de nouveaux entrants hétérogènes dans l’UE a ainsi facilité la rivalité entre États à l’échelle de notre vieux continent. Nouveaux partenaires, nouveaux concurrents. Le hic est que d’énormes distorsions existent toujours sur notre espace plus de dix après l’euro : fiscalité, codes du travail, administrations, formation de la main-d’œuvre, salaires moyens, innovations, infrastructures.

Les citoyens

La vulgarisation des transports et des communications permet aujourd’hui aux citoyens, les plus aisés et talentueux souvent, de choisir leurs États à la carte. Des cabinets d’avocats zélés s’empressent de conseiller tels ou tels hommes d’affaires et autres artistes et sportifs de s’installer dans cette zone. Là encore de tels écarts demeurent dans l’UE qu’il est tentant pour les uns de les utiliser. L’attractivité de quelques pays aspire la richesse et la créativité des individus. Pire : souvent ceux qui sont partis et se sont délocalisés avec leur famille ne reviennent plus en France. Formés et financés par notre système éducatif, ils vont prospérer au sein de FMN à l’étranger et enrichir de leurs talents et de leurs portefeuilles les nations accueillantes. L’entreprise L’Oréal aurait ainsi des difficultés à faire revenir au pays ses cadres expatriés les plus talentueux.

Il y a donc un réel enjeu de fuite des compétences et des richesses que tout homme politique sérieux doit évaluer attentivement. À ce propos, la taxe de 75 % sur les plus hauts revenus, qui j’en conviens, est un message symbolique fort, semble dangereuse sur le plan économique, non pas en soi, mais en comparaison avec les taxes en vigueur chez nos voisins. Que pensez-vous que vont faire bon nombre de cadres dirigeants quand Londres ou Bruxelles sont à une heure ? Quel message envoie-t-on aux entrepreneurs de la terre entière ? La justice sociale : oui. La solidarité de la nation : oui, mais ici encore des écarts trop importants risquent fort de rencontrer les limites légitimes des individus.

Le phénomène est également observable pour les systèmes sociaux. La protection sociale à la française attire des citoyens étrangers pas toujours très fortunés qui viennent utiliser nos compétences à prix compétitif. La couverture maladie universelle est un exemple merveilleux de cet esprit français universel, mais engendre bien sûr un coût pour la collectivité. On doit donc se réjouir des grandes qualités de notre modèle, mais aussi réfléchir sans idéologie aux enjeux et aux flux qu’il produit. La France ne pourra plus très longtemps rouler en voiture de luxe fraternelle et solidaire sans alimenter celle-ci par des carburants modernes en contrepartie.

Réformer avec une harmonisation commune

Aussi, il semble plus urgent que jamais d’harmoniser notre système européen. Il ne sera pas possible de conduire bien longtemps un attelage de 27 pays sans une forme de gouvernement unifié qui met en place des règles fiscales, réglementaires et sociales communes. La solidarité européenne passe nécessairement par cette mise à plat, cette égalisation au risque de voir la zone exploser en deux ou plusieurs morceaux. Les marchés, arbitres terribles de ces phénomènes de fond mettent d’ailleurs en chiffres les zones attractives et celles qui ne le sont pas, enfonçant au passage davantage les pays les plus fragiles. On a ainsi laissé s’organiser une concurrence intra-européenne massive. C’est une folie pour l’avenir de la zone. Chaque État tire la couverture à soi. Mais y a-t-il encore un projet commun ?

Aussi, le nouveau gouvernement devra faire bien attention à ce que les mesures économiques, fiscales et sociales ne pénalisent pas l’attractivité de la France. C’est un danger permanent qui rode sur notre peuple et il est bien fini le temps ou l’on pouvait faire des petites expériences à la française sans trop de conséquences. Le monde est ouvert et des erreurs se paieront très cher en termes d’emplois et d’équilibres. Il est inutile de parler de croissance, d’emplois, d’innovation sans aborder des réformes structurelles nationales qui doivent aller de pair avec une harmonisation communautaire au risque d’une fuite en avant des uns et des autres. Le redressement productif, financier et économique, c’est d’abord l’attractivité globale du territoire, de Paris en passant par Cosne-Cours-sur-Loire ou Toulouse et Bruxelles afin que des firmes et des citoyens du vaste monde choisissent l’Europe et la France pour y créer de la richesse, y vivre et prospérer.

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